Lyon | FR | Nicolas Capillon – Pierre Arnaud Marin – Maud Vignane

Atelier CALC
Nicolas Capillon – Pierre Arnaud Marin – Maud Vignane
6 octobre 2012 – 18h
12 Rue de Saint-Cyr – 69009 Lyon
Fin de charette entre amis

Introduction

Nicolas Capillon : J’ai étudié à Paris-Versailles. J’ai travaillé à Berlin, puis à Paris pour un chantier à Lyon. J’ai démissionné de mon agence pour rester à Lyon et quand j’allais me mettre à chercher du boulot, j’en ai parlé avec Lionel, un super bon copain d’études. Il m’a dit “j’ai plein de boulot, il y a peut-être moyen de faire un truc ensemble. Lyon-Dijon c’est pas loin”. Il travaillait tout seul en libéral à Dijon depuis 2002, en 2005 il m’a salarié pour que j’aie un statut au départ et en 2006 on a créé atelier CALC. Atelier, parce qu’agence ça nous fait plus penser à une banque… Cabinet ça nous fait penser à des toilettes ou à un médecin… En fait on est plus proches d’un atelier de menuisier, ça nous plaisait plus comme mot.

Pierre-Arnaud Marin : J’ai fait le lycée Arts Appliqués puis l’école d’architecture à Lyon, j’ai fait comme tout étudiant lambda : des stages un peu partout en France. J’en ai fait à Saint-Raphaël, à Orléans, à Lyon…

Maud Vignane : J’ai fait un lycée Arts Appliqués, puis 2 ans de BTS et après je suis partie en école d’architecture à Lyon. Mes stages c’était dans des agences à Lyon, dans des cabinets d’architecture intérieure quand j’étais en BTS. Mon dernier stage de master je l’ai fait à atelier CALC, après j’ai continué ici en même temps que ma dernière année d’école. Puis je suis partie travailler chez atelier CALC à Dijon pendant 1 an et je suis revenue ici.

Questions

Quel bâtiment auriez-vous voulu avoir dessiné?
NC : Le Pavillon suisse de Zumthor à l’exposition d’Hanovre. C’est un tas de bois.
PAM : J’aurais dit Siza, mais il y en a tellement que je ne pourrais pas choisir un bâtiment spécifique ou Souto de Moura. Je suis très architecture portugaise.
MV : Je dirais Vassal&Lacaton, pas pour un bâtiment mais pour la démarche. Le résultat n’est pas forcément ce que j’aimerais architecturalement mais dans la démarche, je trouve que c’est intéressant.

Le projet dont vous êtes le plus fiers?
NC : Un projet de logements sociaux qui est habité depuis 2 ans et quelques. L’immeuble abrite une partie de l’espace extérieur, ça fait comme un préau. L’office HLM a fait un reportage sur la fête des voisins dans plein d’immeubles, il ne faisait pas très beau ce jour-là mais dans notre immeuble tous ces gens sont à table sous le préau, ils sont peut-être la moitié des habitants de l’immeuble à manger ensemble, je trouve ça génial ! Cet immeuble esthétiquement je le trouve super, et socialement il marche bien. On a fait le pari de ne pas faire de la résidentialisation, du jardin individuel, … Au contraire, on a fait un espace collectif dans lequel tout le monde passe et qui est vraiment plein d’usages différents. Ce pari se révèle être le bon, puisque les gens se connaissent, ils font une bouffe ensemble, … C’est un peu à contre-courant de ce qui se fait partout, mais j’y crois profondément.
Le deuxième, c’est dans un village où on a été retenus pour faire la nouvelle mairie. Comme le site était un peu éloigné de la place centrale du village, on a proposé de déplacer la mairie sur la place : du coup le lien entre elles devient évident. On a travaillé avec le conseil municipal sur ce qu’était la démocratie locale au XXIème siècle, ce rapport avec les élus, avec les habitants. La mairie n’est plus un bâtiment représentatif du pouvoir central, c’est plutôt une place publique pour que les citoyens se retrouvent. La salle du conseil est une salle associative qui peut fonctionner indépendamment. La mairie est un prolongement de la place, juste un auvent vitré, chauffé : on a accès directement de la place au bureau du maire. C’est un bâtiment très sobre, du coup le bâtiment c’est la place.
PAM : L‘hôtel à insecte. Un projet de bureaux pour 2 associations pro-environnement.  Dans un premier temps on nous a demandé de mettre des murs végétaux… On s’est dit “pourquoi pas changer ?” et on en est venu à l’hôtel-insecte en façade, c’est marrant! Il est en phase d’approbation pour l’instant, c’est en cours.
MV : Moi je suis sur le chantier d’un crématorium, ce n’est pas moi qui l’ai dessiné mais déjà le fait de voir se réaliser les choses…

Le détail architectural fort de l’un de vos projets?
MV : On a dessiné un détail pour cacher une boîte à eau au crématorium : il y a 2 descentes qui arrivent au même endroit, du coup la boîte en façade est assez grosse. Comme on a un bandeau béton qui fait tout le tour du bâtiment, on l’a fait retourner pour qu’il passe devant la boîte.
NC : C’est un détail qu’on aurait voulu réaliser mais le maître d’ouvrage n’a pas voulu finalement. Dans cette mairie dont on a parlé, la salle du conseil municipal est un volume un peu rond en bois, avec des grands volets en bois. On voulait que l’intérieur des volets soit plein de couleurs différentes : quand c’est ouvert il se passe plein de choses, c’est la vie… Et quand c’est fermé, c’est juste un petit bout de bois tout sobre. Finalement tout est homogène, ils ont même mis un coup de lasure blanche dessus parce qu’ils ne voulaient pas que le bois vieillisse… Ce n’est pas du tout ce qu’on voulait faire.
PAM : C’est toutes les réflexions qu’on a eues avec des apiculteurs pour l’hôtel à insecte. Ces gens nous ont orienté afin que l’idée farfelue du départ deviennent une réalité.

La première fois où vous vous êtes sentis réellement architectes ?
PAM : Dès que je suis né en fait ! Non, peut-être pas architecte… Mais dès que je suis rentré à l’école je me suis senti dans le milieu de l’architecture, même si je ne travaillais pas. Je ne suis toujours pas architecte, parce que je pense que tu apprends toute ta vie… Mais en réalité, je pense que je me sentirai architecte quand je n’irai plus à l’école.
NC: Je pense que la première fois c’était sur un chantier, avant atelier CALC. C’était la rénovation des Célestins à Lyon avec Archidev, une agence qui fait des salles de spectacle à Paris. Le chantier a duré 2 ans et il y avait 2 maçons qui ont été là quasiment du début à la fin. Dans les derniers jours, je les ai invités à manger, on s’entendait super bien. Un des deux, qui avait genre 50 ans, était super ému et m’a dit “c’est la première fois que je mange avec un architecte, d’habitude sur les chantiers on est juste ouvriers”. J’étais pas bien vieux, pas très expérimenté et ça m’impressionnait de voir qu’il était impressionné juste qu’on mange ensemble.
MV : Sur le chantier en fait, vu que moi je fais le premier… T’es passif pendant un moment, et à un moment donné t’as pas le choix en fait : il faut que tu agisses.

Quel programme architectural ne feriez-vous jamais ?
PAM : Une prison, j’ai toujours dit que je ne le ferais jamais.
NC : Moi je ne dirais pas ça parce que j’en ai parlé avec Jean-Jacques et on se disait que c’était vachement dur mais super intéressant. Par contre une centrale nucléaire, j’aimerais pas du tout faire ça. Sinon les difficultés programmatiques, je ne pense pas que ça me freine, parce que plus c’est difficile, plus il y a une équipe spécialisée par rapport à ces difficultés, donc il suffit de savoir encadrer une équipe. C’était plus facile de gérer le théâtre des Célestins que de gérer la rénovation d’un presbytère pour 50 000 euros… Donc la difficulté technique n’est pas du tout un frein, au contraire je trouve ça super excitant !
MV : Certains ne me font pas rêver, mais je n’ai pas un truc que je ne veux vraiment pas faire.

Quelle serait pour vous la cité idéale ?
MV : Moi je trouve que New York, c’est une ville qui marche bien. Je n’y ai pas passé beaucoup de temps, mais justement même en y passant 5 jours j’ai trouvé qu’on s’y sentait bien. C’est la seule ville où ça m’a fait ça.
NC : Une ville pas parfaite ?
PAM : J’aime bien Lyon… Lyon me convient très bien.

Préférez-vous parler ou dessiner?
PAM : Dessiner.
NC : Moi je suis super bavard, mais j’aime beaucoup dessiner…
PAM : Dessiner en parlant !

La question qui vous tourmente ?
NC : C’est plus sur le fonctionnement social qu’on a globalement en Europe. C’est complètement virtuel, on vit à crédit et ça ne va pas durer. Je ne connais pas l’échéance, mais je pense qu’on a un mode de vie déraisonnable collectivement. Cela dit je continue à vivre bien et déraisonnablement aussi donc je ne suis pas un exemple !

Qu’est-ce qui vous exaspère en architecture?
PAM : Le dumping d’honoraire.
NC : L’architecture moche. Le copier/coller.
MV : Quoi qu’il arrive, c’est toujours notre faute.
NC : C’est toujours notre faute, c’est vrai ça. Le robinet fuit, on nous appelle. Les chiottes du chantier sont sales, on nous appelle !

Le bâtiment le plus grotesque de Lyon?
MV: Je trouve qu’en ce moment c’est l’hôtel de région.ridicule LYON noir
NC: L’annexe de l’hôtel de ville, faite par un architecte des monuments historiques en plus il me semble, après avoir rasé toute la place pour faire passer le métro… Ca coupe la ville en deux en fait, il y a des bureaux mais on ne sait même pas où entrer.
MV: Dans le même genre, il y a l’hôpital de la Croix-Rousse. Les bus n’accèdent pas en haut, ils déposent les malades en bas. Les mecs sont obligés de monter les escaliers, des fois c’est embêtant !
PAM : Sans aucune hésitation : le musée des Confluences

Votre musique du moment?playlist LYON noir
MV : Alliance Ethnik.
NC : On a écouté ça cette nuit. Tout ce qui tourne autour des moustaches aussi.
PAM : Ace of Base, “All that she wants”.

Que diriez-vous aux jeunes architectes ?
PAM : Arrête tout, contre moi t’as aucune chance !
NC : Continue comme ça, je trouve que c’est bien. Entre Maud, PA et Marie qui sont les plus jeunes de l’agence, entre jeunes diplômés, c’est super.

L’architecte qui vous accompagne?
NC : Lionel : c’est pas un modèle, mais c’est mon associé depuis longtemps.

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