LAUSANNE I FR I Marco Bakker

Associé chez Bakker et Blanc Architectes

14 Février 2013 – 10 h 00
5 rue des terreaux – Lausanne

BABL sans le BL

Introduction

Marco Bakker, originaire du Friesland, dans la partie Nord des Pays-Bas. J’ai d’abord fait une école d’ingénieur en bâtiment, puis l’école polytechnique de Hollande à Delft, où j’ai fait des études d’architecture et urbanisme. Pendant cette période, j’ai déjà eu des contacts avec la Suisse puisque j’ai fait une année d’échange avec l’EPFL à Lausanne. C’est aussi le moment où j’ai rencontré Alexandre Blanc, originaire de Genève, avec qui j’ai fait deux ateliers en 3ème année. Une sorte d’amitié s’est instaurée, mais je suis rentré aux Pays-Bas pour être diplômé, avant de décider de revenir en Suisse.

Alexandre a commencé chez Diener&Diener à Bâle, moi j’ai fait différentes agences. Trois ans après notre dernière rencontre, on s’est retrouvés pendant un vernissage ou un concours et on s’est dit qu’on pourrait faire quelque chose ensemble. On a donc participé à un concours pour l’exposition universelle de Hanovre en 2000. A notre grand étonnement, il nous ont pris pour faire un projet et on a eu le 7ème prix.

Pendant ce temps-là, on a eu la possibilité de faire une transformation pour un oncle d’Alexandre qui habitait au Mexique, un projet à distance : c’était notre premier bâtiment d’art. Depuis, ça a continué, cela fait maintenant 22 ans qu’on travaille ensemble, avec un principe : on est toujours séparés. Pendant 6 mois, on a travaillé dans le même espace mais ça n’allait pas : tout d’un coup il fallait partager tous les problèmes quotidiens. Là on a un bureau à Zürich et un à Lausanne, mais chaque projet est partagé de manière très intense, sur toutes les phases.

Ce qui nous intéresse c’est, je crois : le temps, la temporalité et l’intemporalité. Et aussi, à travers ça : l’image et toute sa profondeur. On aimerait bien disparaître avec notre intervention, que notre ego ou notre intervention apparaisse moins évidente. L’architecture spectacle nous intéresse moins.

Ce qui nous intéresse aussi, c’est : où se trouve la contemporanéité ? Eviter cette sorte d’idée selon laquelle il faut se distancier par rapport de l’histoire. Pour nous, c’est tellement futile, car dès qu’on a construit, ça fait déjà partie de l’histoire. C’est plus intéressant de prendre l’histoire et de fusionner avec. Ca nous intéresse de travailler avec cette attitude-là.

Questions

Quel bâtiment auriez-vous voulu avoir dessiné ?

Tour de Bel-AIr, 1931, Lausanne

Tour de Bel-AIr, 1931, Lausanne

La tour Bel-Air, c’était le premier bâtiment en métal, construit avec énormément de délicatesse. J’aime beaucoup ce bâtiment et cette pensée du premier gratte-ciel.

Le projet dont vous êtes le plus fier ?
Je crois que c’est le premier projet public qu’on a fait. C’était l’agrandissement et la rénovation d’une ancienne villa à Moutier pour un musée d’Art Contemporain, le musée Jurassien des Arts. C’était la première fois qu’il fallait vraiment arriver à quelque chose inventé de A à Z. Nous n’avions aucune expérience d’exécution et d’un coup il fallait faire un musée où tout fonctionne et tout doit être bien et bon et beau. C’était pour nous un challenge incroyable, à deux, sans personne d’autre. Il fallait inventer notre architecture, notre manière de travailler, le processus de travail. La première rencontre avec les institutions publiques aussi. C’était un apprentissage avec une énorme intensité de travail, nous étions très contents qu’à la fin il y ait déjà quelque chose.

Le détail fort de l’un de vos projets ?
Le détail qui nous intéresse, c’est la question de disparaître et d’apparaître, cette sorte de nuance entre présence et absence.

Quel projet architectural ne feriez-vous jamais ?
Nous sommes un peu pris dans un mouvement où ce n’est pas évident de dire « ça on va pas faire ou ça on va faire ». Je crois que ça va arriver à un moment donné, un certain moment où on sera devant cette question. Il y a probablement des questions éthiques qui vont produire la nécessité de décider.
Des fois on a des problèmes pour des projets dont on ne peut pas faire partie jusqu’à la fin, jusqu’à livrer l’œuvre : là on a des hésitations. Parce que c’est justement au dernier moment qu’on peut avoir une influence, et c’est presque ça qui nous intéresse le plus. Par exemple dans la rénovation : on commence avec une certaine idée, on essaie de comprendre ce qui existe mais la lecture qu’on en fait n’est pas assez intense parce qu’on ne peut pas percer partout, on ne sait pas vraiment ce que c’est. A travers les différentes phases du processus, on commence à vraiment connaître le bâtiment, et le dernier jour c’est le moment où on dit «voilà, il faut faire ça» et à ce moment-là ça devient bon ou pas bon. C’est ce moment qui est vraiment une sorte de synthèse, d’accumulation de tout ce qui était avant, où il faut être présent. Maintenant il y a souvent le cas où un architecte va faire le projet de A à D, un autre qui fait ça… Ca nous intéresse moins. Et c’est pour nous un problème, parce que de plus en plus il y a cette division de toutes les compétences que tout le monde peut apporter. Chacun va finir une chose qui n’est pas finie en soit. Ca nous concerne énormément ces problèmes.

Quelle serait pour vous la cité idéale ?
C’est la ville moyenâgeuse qui nous intéresse.

La première fois où vous vous êtes senti architecte ?
J’avais fait dans le jardin de mes parents une petite cabane. J’avais 13-14 ans, il y avait tous les pavés qui étaient remplacés par l’asphalte. Mon père a acheté 100 mètres de route avec les pavés et il a tout mis dans le jardin. On en a fait une voûte ensemble, c’était incroyable comme expérience : « comment on fait une voûte ? ». Et elle existe encore.

Préférez-vous parler ou dessiner ?
Dessiner.

La question qui vous tourmente ?
La question de la pensée verte. C’est une chose qui me préoccupe énormément, dans les deux sens. Je la trouve bien sûr éthiquement très valable, et maintenant je vois le résultat, ce qui est vraiment.
Et puis nous sommes aussi maintenant devant un problème de professionnalisme. Les ingénieurs en climat savent exactement calculer comment devenir heureux… Là, j’ai des doutes ! C’est le thème du bricolage, et pas du professionnalisme, qui nous intéresse. Chaque personne doit avoir une liberté de pensée, une liberté d’action, pour construire soi-même une sorte de pensée pour devenir heureux. Nous avons de la méfiance par rapport au professionnalisme.

Qu’est-ce qui vous exaspère en architecture ?
C’est la même substance : le professionnalisme.

Le bâtiment le plus grotesque de Lausanne ?
Le «learning center». C’est un bâtiment magnifique et grotesque. Quand on pense à ce bâtiment, à l’école polytechnique, il y a une sorte d’idolâtrie : «c’est notre bâtiment, c’est l’épicentre de l’EPFL»… Il est tellement inutilisable en tant que bâtiment, mais il est formidable dans les autres sens. Je crois que c’est ça la fascination d’une chose qui est grotesque en soi.playlist LAUSANNE noir

Votre musique du moment ?
Le blues de Karthoum – de Abdel Gadir Salim.

Que diriez-vous aux jeunes architectes ?
Comme conseil ça fait pathétique, mais bon… Il faut prendre comme une sorte de racine pour pouvoir travailler avec : la vie. Pour construire un espace, c’est ça je crois qui est le plus fructueux.

L’architecte qui vous accompagne ?
C’est chaque jour quelqu’un d’autre qui nous accompagne. C’est difficile à dire. Souvent il y a un penseur qui nous suit, on lit un livre et on se dit «waouh, c’est ça !». Ce sont des gens qui sont sur cette frontière entre idée architecturale nouvelle et sociologie ou histoire. Les questions fondamentales philosophiques nous intéressent, ça nous concerne. Il y a deux ans, Richard Sennett est un personnage qui nous a beaucoup influencés par rapport aux questions d’artisanat. «Ce que sait la main» est un des livres qu’il a écrits. Il a aussi fait différentes recherches à travers la question de professionnalisme et de liberté de bricolage, ça nous a fasciné.

Ce que vous retenez de vos années d’études ?
Dans les études, il y a toujours la pensée qu’il faut faire une sorte d’enseignement chronologique, les choses l’une après l’autre et à la fin on est bons pour le contemporain. Mais quand on quitte l’école, il y a tout un univers qui n’a rien à voir avec ce qu’on a appris. Petit à petit, il faut faire une sorte de patchwork par rapport à un certain nombre de choses et à un moment tu comprends pourquoi quelqu’un a dit cela. J’ai vécu l’école comme un grand réservoir avec des pensées, des idées, puis à travers la pratique j’ai reconnu des choses comme ça. C’est intéressant, c’est vraiment important de savoir ça. Et on peut l’utiliser dans l’enseignement : ne plus être didactiquement aussi correct, mais de temps en temps lancer des idées qui peut-être à ce moment-là sont inutiles mais qui reviennent beaucoup plus tard.

La question qu’on aurait dû vous poser ?
Par rapport aux problématiques qu’on rencontre : comment on travaille aujourd’hui et comment ça va se développer dans le futur ? On est devant cette question, en Suisse en tout cas. Ici, on a une sorte de culture du «construire» qui est très ancienne, où l’architecte a la supervision de A à Z d’un mandat. Mais de plus en plus, il y a des influences de l’étranger, où à un certain moment une entreprise reprend la responsabilité et les énergies d’un projet. C’est une chose qui nous bouleverse.

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