LYON I FR I Nobouko Nansenet

Nobouko Nansenet, employée à Perraudin Architecture

Mercredi 6 novembre 2013 – 18:00
16 rue Jacques Imbert Colomès – 69001 Lyon, FRANCE

Avec dégustation des vins du domaine Perraudin.
Avec Gilles Perraudin.

Introduction

Nobouko Nansenet, pour résumer je suis née à Paris parce que si on fouille ça devient compliqué ! J’ai été diplômée à Strasbourg. J’ai travaillé dans les Vosges chez des professeurs pendant mes études et brièvement à Lyon avant d’arriver ici et là j’ai cinq ans d’agence. La passion du dessin, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai postulé.

Questions

Quel bâtiment auriez-vous voulu avoir dessiné ?

GP : Aucun. Il n’y a pas de dessin sans dessein, c’est-à-dire sans intention fondée sur une demande précise. Une intention qui est d’abord mentale avant d’être une forme. Par contre, il y a des projets que je n’ai pas pu réaliser. J’ai dessiné un énorme projet entièrement en pierre, le collège de Vauvert. Après deux chantiers en pierre massive qui s’étaient très bien passé, on s’est heurtés à une culture d’entreprise dominée par le tout béton. J’ai peut-être été trop ambitieux… Quand nous avons consulté les entreprises, elles n’ont pas compris le projet et l’ont surestimés. Les élus convaincus de notre erreur ont préférés abandonner un projet pourtant entièrement dessiné ! L’agence s’est retrouvée d’un seul coup sans travail… Deux années complètes de travail furent mis à la poubelle… Ce fût très dur. Mais c’est un peu notre quotidien : des situations avec des problèmes politiques qui nous échappent, étant en dehors de tous les systèmes de pouvoir. On fait seulement notre métier, mais quand ils se bagarrent entre eux ce sont les architectes qui payent les pots cassés…

NN : Je pense que j’aurais bien aimé dessiner les trucs qui ne se dessinaient pas, de l’architecture vernaculaire. Moi qui aime le dessin, à chaque fois que je vois des relevés de bâtiments avec des murs épais d’un mètre ça me fait envie… Les gros murs en pierre avec des escaliers, des passages secrets…

Le projet dont vous êtes le plus fier ?

GP : Nous sommes fiers de tous nos projets, sans distinction. Il n’y a aucun projet sur lequel on n’ait pas porté le maximum d’attention. Il n’y a jamais eu de projet laissé de côté, c’est même ce qui nous pose des problèmes ! On carbure à l’intérêt architectural, alors tout est intéressant.

NN : Je suis chargée de projet, donc je m’investis à fond parce que j’aime bien les projets qu’on fait à l’agence. Mais je ne me sens pas “fière de”, je ne m’approprie pas un projet à titre personnel, je ne me sens pas auteur.

GP : Je pense qu’un projet est dessiné pour les autres et on est fiers simplement que les gens puissent s’y sentir bien et l’apprécier. Et puis à partir du moment où le projet est fini, il ne nous appartient plus, il appartient à ceux qui le vivent, il n’y a pas de fierté à avoir.

NN : Mais quand on arrive à convaincre ou à trouver l’astuce pour faire le truc auquel on tient…

GP : Fierté n’est pas le bon terme. C’est plus une satisfaction, une conscience professionnelle qui nous rend heureux. Si on arrive à convaincre le maître d’ouvrage de réaliser en pierre on est heureux. Fier je ne sais pas, mais heureux oui !

Le détail fort de l’un de vos projets ?

GP : Comme on est obsédés par les détails, ils sont tous géniaux ! Le détail que l’on préfère c’est celui qu’on n’a pas eu besoin d’étudier, parce qu’il est arrivé naturellement dans le processus du projet. On aime de plus en plus les projets en pierre où il n’y a quasiment rien d’autre : on fait un mur en pierre et c’est tout. C’est la manière d’être de l’agence, d’être très attentif à tous les détails.

Quel projet architectural ne feriez-vous jamais ?

GP : Il n’y a pas de projets inintéressants. Si on nous confie un projet il devient intéressant.

NN : Il y en a plein au sens critique de ce qui se fait aujourd’hui, mais à l’inverse je ne sais pas s’il y a un programme que je refuserais.

GP : Un centre de torture, je pense qu’on refuserait sûrement ! Mais l’architecture n’est pas faite pour satisfaire strictement un programme donné, elle doit toujours dépasser le programme. C’est la grande difficulté de l’architecte : répondre à un usage immédiat, mais aussi transcender, aller au-delà. Si je fais un McDo, ce sera quelque chose dans lequel fonctionnera un McDo, mais pourra être un jour une librairie ou autre chose… C’est contradictoire, mais passionnant. On est dans un espace qui a été pensé pour être un atelier, or c’est une agence d’architecture. Ce pourrait être un logement. La structure qui compose cet espace échappe totalement à l’usage premier, tout en le satisfaisant. C’est le vrai travail de l’architecte.

Quelle serait pour vous la cité idéale ?

GP : Celle où je serais heureux ; où on est heureux, vous, moi. J’aime beaucoup Venise, parce qu’il n’y a pas de voitures, pas de bruit. Une ville silencieuse serait une ville idéale… Une ville où on pourrait jouer de la musique, mais sans nuisances sonores, sans mobylettes, sans motos… Je dois faire une conférence samedi sur l’avenir des villes et je prends les villes du passé en référence. Ne plus utiliser les véhicules motorisés pour se déplacer en ville : se déplacer à pied ou à cheval. C’est la ville du futur, la ville idéale.

NN : Pour moi ce serait d’en changer régulièrement.

Préférez-vous parler ou dessiner ?

GP : Parler en dessinant, toujours. Parce que les deux sont indispensables dans le travail architectural, l’un et l’autre sont de l’ordre de la pensée.

NN : Moi dessiner. Ça ne vous arrive pas d’expliquer quelque chose, de ne pas trouver les mots et là il faut dessiner ?

GP : Notre métier va nécessairement vers le concret et le dessin est plus adapté que la parole. Mais la parole peut parfois être plus efficace que le dessin. Notamment dans l’argumentaire. J’ai réalisé un projet sans jamais le dessiner, le mémorial à la déportation des enfants d’Isieux : l’intention s’est formée, s’est incarnée au travers du disponible des éléments du contexte, mais il n’y a pas eu de dessin. Il nous arrive aussi de travailler en maquette avant même de dessiner.

La première fois que vous vous êtes senti architecte ?

NN : C’est quoi être architecte ? Honnêtement j’en sais rien. Je crois que c’est comme être adulte, je ne me sens toujours pas architecte !

GP : Je crois que je me suis toujours senti architecte, j’ai jamais songé à faire autre chose ! Mais l’architecture est sans doute l’art le plus difficile et très peu d’architectes peuvent prétendre qu’ils sont architectes. Probablement quand Kahn termine les laboratoires de La Jolla… Ou la bibliothèque d’Exeter… Alors, il peut prétendre être architecte et peut dire : “j’ai peut-être atteint quelque chose”.

La question qui vous tourmente ?

GP : Faire rentrer les honoraires… Le reste ça ne me tourmente pas, ça m’enthousiasme !

Qu’est-ce qui vous exaspère en architecture ?

GP : Rien, tout me passionne. Toute question d’ordre architectural est passionnante, non ? On est exaspérés par les réglementations omniprésentes, souvent issues de processus de lobbying. On est exaspérés, mais on fait avec.


Le bâtiment le plus grotesque de Lyon ?

NN : On ne fait pas de délation !

GP : Grotesque, ça vient de grotte. C’est un style né avec la Renaissance, qui représentait des scènes s’inspirant de l’image de la grotte. Cette expression a conduit à des expressions qui sont devenues un peu exagérées. Alors “grotesque”, ça voudrait dire inadapté au contexte ? Je ne sais pas…

Votre musique du moment ?
playlist LYON noir

NN : J’en ai plein. Je vais dire Zakarya, un groupe de jazz, rock contemporain, klezmer. Avec un accordéon, ça reste surtout instrumental. “Tentative d’épuisement d’une mélodie yiddish” par exemple.

GP : Il n’y a pas de musiques du moment, il n’y a que des musiques éternelles. Pourquoi pas Brassens, bien sûr. “Brave Margot” : Margot qui donne la tétée à son chat et même “les gendarmes qui sont par nature si ballots se laissaient toucher par les charmes du joli tableau”.

Que diriez-vous aux jeunes architectes ?

GP : En général déjà quand je les rencontre je leur dis “bonjour”… Ou “bonne soirée” si c’est plus tard… Et puis “courage”, parce que c’est un métier où il faut aller chercher le travail et où on est en sans arrêt en mouvement.

L’architecte qui vous accompagne ?

GP : Mes assistants qui m’accompagnent tous les jours.

NN : Aalto.

Ce que vous retenez de vos années d’études ?

GP : Je m’en souviens plus !

NN : C’est toujours le dilemme entre théorie et pratique, parce que j’aimais bien la théorie, j’aimais aussi la pratique. Là le dilemme n’est pas résolu !

GP : Mon souvenir c’est surtout celui d’une immense liberté. En 68 les écoles se sont séparées des Beaux-Arts et ont créé leurs propres unités, des unités pédagogiques d’architecture. Personne ne savait ce qu’il fallait enseigner, ni comment. Tout le monde donnait son avis, moi aussi… C’était fantastique et j’en ai profité pour voyager. Je pense que la seule façon d’apprendre l’architecture c’est de voyager. Les écoles il faut bannir ça, c’est une catastrophe !

Pour vous, c’est quoi la suite ?

GP : Comme tous les jours. Nous étions aujourd’hui en déplacement à Toulouse et après votre interview et avant de terminer la soirée j’ai rendez-vous pour discuter de notre prochain livre sur comment construire en pierre aujourd’hui. Livre que j’ai écrit et où Nobouko a fait les dessins.

 

Photos d’agence ©Architects I Met

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