Lyon I FR I Humbert David

Humbert David, Principal à Passagers des Villes
13 novembre 2013 – 18h
13 Rue Alsace Lorraine – 69001 Lyon
Rencontre avec un grand homme

Introduction

Je m’appelle Humbert David, je suis architecte, un très grand architecte par la taille ! Diplômé de l’école d’architecture de Lyon en 93, je suis un très jeune architecte avec à peine 20 ans de carrière. À l’époque, les études étaient plus malléables qu’aujourd’hui, on travaillait à partir de la troisième année à mi-temps en agence. J’ai créé l’agence en 93 à Lyon, seul. J’ai commencé à travailler sur l’espace public, pas du tout sur le bâtiment. En 90 c’était la crise de l’immobilier, faire de l’architecture dans ces années-là était assez sinistre parce qu’il n’y avait pas beaucoup de marge de manœuvre. Je m’étais dit que l’espace public était un lieu de création beaucoup plus intéressant à développer. J’ai fait un bon calcul puisque cela a été le cas. Aujourd’hui nous continuons à travailler beaucoup sur l’espace public, je trouve intéressant de fabriquer de la ville par l’espace public. Progressivement nous avons élargi notre champ d’action avec un deuxième volet : l’étude urbaine. Puis au début des questions environnementales, nous nous sommes à nouveau posé des questions. Cela nous a contraint à retrouver des marges de manœuvre et nous avons pris ce prétexte pour revenir au bâtiment, c’est le troisième champ d’action de l’agence. Plus récemment encore, nous avons développé un quatrième champ d’action qui est la prospection territoriale. Nous faisons beaucoup d’études sur des horizons 2030-2040, sur les évolutions de la société, du climat, de l’environnement, du coût de l’énergie, … Nous avons donc quatre domaines complémentaires que nous croisons les uns avec les autres. À l’agence nous sommes quatorze, il y a des architectes, des urbanistes et des paysagistes. Il y a des gens qui sont polyvalents sur au moins deux métiers et des spécialistes.

Quel bâtiment auriez-vous voulu avoir dessiné?
La Villa Savoye.

Le projet dont vous êtes le plus fier?
La rue Garibaldi que nous faisons en ce moment dans le cadre d’un réaménagement d’espace public. Nous sommes à l’origine de l’idée, que nous avons réussi à mener jusqu’au bout. Nous avons surtout récupéré la maîtrise d’oeuvre derrière, ce qui n’est pas facile. Je pense qu’il va y avoir un changement totalement stupéfiant de la perception qu’on a de cet endroit.

Quel projet architectural ne feriez-vous jamais ?
Facile : le musée de Confluences.

Quelle serait pour vous la cité idéale ?
J’ai toujours rêvé de faire une ville nouvelle, j’adorerais ça. Donc la cité idéale ce serait la mienne, celle que je dessinerais.

Préférez-vous parler ou dessiner?
Parler, car je dessine très mal.

La première fois où vous vous êtes senti architecte ?
Sur un de mes premiers chantiers, en Suisse. J’ai travaillé en Suisse pendant quatre ans, avant de monter l’agence. Je pense que c’est vraiment sur un chantier qu’on se sent architecte, quand on fait vraiment les choses.

Aujourd’hui vous vous sentez plutôt architecte ou plutôt urbaniste ?
Je ne suis pas du tout corporatiste, ce qui m’intéresse c’est de travailler sur les villes, on appelle ça comme on veut… Ces querelles entre architectes, urbanistes, paysagistes, je trouve que c’est un scandale. La question est faire des projets et de les faire bien, que ce soit du bâtiment, de l’espace public, du projet urbain… Donc architecte, urbaniste, je me sens tout ça : on passe d’un métier à l’autre et c’est ça qui est très intéressant.

La question qui vous tourmente ?
Le temps qui passe. Je trouve que c’est trop lent, on perd dix ans à faire des projets, ça n’a plus de sens. Il y a une date de péremption sur un projet : si au bout de trois ans il n’est pas réalisé, il faut le jeter et recommencer. Le temps des politiques est compliqué, le temps de la promotion est compliqué… Et notre temps est du coup très comprimé… Les projets qui prennent dix ans alors que les gens sont dans des logements au milieu de nulle part, c’est indécent. On a besoin de trouver des réponses et des formulations assez rapides. Donc j’ai une vraie difficulté par rapport au temps.

Qu’est-ce qui vous exaspère en architecture?
L’ego des architectes et l’égoïsme des maîtres d’ouvrage. Comme ça chacun en prend pour son grade !

Le bâtiment le plus grotesque de Lyon?
L’annexe de l’hôtel de ville, un espèce de pastiche de pseudo-architecture. Ce n’est pas le pire, mais il a un côté grotesque. Il y en a plein d’autres, comme le musée des Confluences…

Votre musique du moment?
Les Clash.

Que diriez-vous aux jeunes architectes ?
Engagez-vous ! Je pense que si les architectes ne s’engagent pas, le métier va finir par disparaître. La seule chose qu’on peut défendre c’est notre savoir-faire, notre engagement. Il y a beaucoup de gens qui savent construire : les bureaux d’étude, les promoteurs, … Donc nous ne servons à rien si nous ne nous engageons pas.

L’architecte qui vous accompagne?
Rem Koolhaas et Le Corbusier. Le Corbusier est un “facho” de première catégorie, mais il a un talent phénoménal comme architecte. Koolhaas a une lecture et un décryptage de la ville d’une finesse et d’une précision extraordinaires, mais il a fait aussi des choses monstreuses en Chine. Tous les deux sont aussi talentueux qu’insupportables !

Ce que vous retenez de vos années d’études?
C’était la fête, un joyeux bordel ! A la suite de 68, les étudiants ont mis le feu à Fourvière. Nous avons déménagé chez les bonnes soeurs à Ecully, un ancien couvent qui n’était pas du tout fait pour une école d’architecture. Puis nous nous sommes retrouvés dans la “prison” : comme ils étaient très soucieux du bâtiment, nous ne pouvions plus faire la fête. C’était dur mais nous sommes passés à autre chose.

Pour vous c’est quoi la suite ?
J’aimerais bien prendre un un voilier et partir. Quand on part, il ne faut pas savoir quand on revient, sinon ça s’appelle des vacances.

La question qu’on aurait dû vous poser ?
Si je suis content… Sur le plaisir de bosser… Globalement c’est la “cata” mais si on continue, c’est qu’on y prend du plaisir. Il y a des mots qu’on n’ose pas utiliser : on n’ose pas parler de pognon, on n’ose pas parler de commercial… Il y a des tas de mots comme ça qui sont des gros mots, mais on a le droit de parler de plaisir, de se faire du bien, de s’amuser… C’est important.

Photos d’agence par Loïc Xavier

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