LAUSANNE I FR I Lya Blanc & Caroline Henry

Tribu Architecture

7 Février – 9h30
rue de bourg 16 – 1003 lausanne

Une bonne partie de la tribu : Alvaro, Laurent, Caroline, Fabienne, Lya, Adrian, Calixe, Pauline

 Introduction

Laurent : Tribu architecture a été fondée en 2000 à Lausanne par Alvaro Varela, Laurent Guidetti et Christophe Gnaegi. Nous ont rejoints par la suite Gaël Cochand, Barbara Gluch, Caroline Henry,Fabienne Werren, Lya Blanc, Sophie Superchi, Adrian Leuenberger, Calixe Cathomen, Katell Malledan,  Pauline Dellacherie, Cyril Loizeau, ainsi que Charlotte Barilier.

Notre spécificité est la sensibilisation et l’engagement politico-associatif. Avant même d’ouvrir le bureau, nous avons lancé une activité de sensibilisation à l’environnement construit. Nous intervenons à proximité de Lausanne, dans les écoles et auprès des grands enfants que sont les universitaires. Cela peut se faire à l’occasion d’un atelier de trois mois, d’un anniversaire, d’une inauguration, d’un master dans une école d’architecture, … Nous organisons par exemple des descentes à trottinette à travers Lausanne ! Le système fédéraliste donne énormément de latitude aux toutes petites collectivités. En l’occurrence, c’est une initiative lausannoise, financée par la société des ingénieurs et architectes vaudois et surtout par la ville de Lausanne.

Questions

Quel bâtiment auriez-vous voulu avoir dessiné ?
Laurent : La «grotte» de Zumthor, la chapelle qu’il a brûlée de l’intérieur.
Adrian : J’aurais bien voulu dessiner la villa de mes parents, mais je n’étais pas encore dans le métier.
Lya : La High Line à New York.
Calixe : L’étoile noire de l’empire dans Star Wars. Sinon les thermes de Vals de Zumthor, mais j’aurais préféré quand même l’étoile noire.
Caroline : La Robie House de Frank Lloyd Wright.
Pauline : Je vais prendre la deuxième idée de Calixe, les thermes de Vals.

Le projet dont vous êtes le plus fiers ?
Laurent : Plaines-du-Loup, un énorme projet d’urbanisme : 35 hectares, 2,5 milliards de francs suisse investis, où nous faisons uniquement l’urbanisme. Il y a aussi Bethanie un projet de logements pour seniors sur lequel travaille Fabienne, Bonne-Espérance des logements subventionnés et à loyers modérés et puis Boissonnet un projet de logements où nous sommes à la fois promoteurs et architectes.

Le détail architectural fort de l’un de vos projets ?
Adrian et Laurent : L’escalier de la maison de quartier de Bonne-Espérance. Il n’est encore que concept et on ne sait pas si on aura les moyens de se le payer. Il est indessinable, on travaille donc en maquette. Caroline travaille sur cet escalier, mais tout le monde a donné un petit peu son avis. Adrian essaie de négocier avec l’entreprise pour qu’elle puisse le faire, c’est un peu «couillu».Dans le quartier des Plaines-du-Loup, il y a aussi le détail du fossé-rue qu’on appelle la noue. Ce sont des bassins pour récupérer l’eau. Ils l’amènent à une rivière qui est juste à côté. Les noues ne font pas vraiment limites, mais elles participent à caractériser des rues par rapport à d’autres.

Quel projet architectural ne feriez-vous jamais ?
Laurent : C’est facile, une villa ! Nous sommes engagés politiquement pour un urbanisme durable, donc nous essayons de rester cohérents. Il existe un droit donné aux citoyens suisses : le droit d’initiative. Un de ces jours, il n’est pas impossible nous l’utilisions pour proposer d’interdire la construction de villas dans ce pays. Il faut de l’énergie pour ce type d’opération politique, puisqu’il faut réunir 100 000 signatures. Nous avons déjà rénové des villas mais nous ne courons pas après ce genre de mandat. Si vous avez une villa, il y a trois hypothèses: détruire pour reconstruire, mais nous ne le ferons pas car tribu architecture ne construit pas de villa; ou l’habiter telle quelle, et à ce moment-là, pas besoin d’architecte; ou l’assainir et isoler la maison correctement pour qu’elle dépense moins d’énergie. Dans ce cas nous voulons bien nous en charger.

Quelle serait pour vous la cité idéale ?
Lya : Les Plaines-du-Loup, un éco-quartier sur les hauts de Lausanne, relié au centre-ville par un métro. Nous essayons de faire en sorte qu’il y ait une mixité de types de logements, une mixité d’architectes et des coopératives d’habitants qui se constituent.
Laurent : J’espère bien y vivre un jour. Il y a pas mal de nos projets individuels qui sont conditionnés par la perspective de vivre là-bas : pourquoi investir ailleurs alors que ce projet est tellement génial ?

La question qui vous tourmente ?
Laurent : Est-ce qu’il y a une vie après la mort ?
Calixe : Est-ce que la force existe ?
Alvaro : J’aimerais bien savoir si je vivrai assez longtemps pour habiter aux Plaines-du-Loup.
Laurent : En effet, il y a des lenteurs dans le développement du projet. Nous avons gagné le concours en 2010 et si tout va bien dans quatre ans nous habitons tous là-bas… dans le même appartement.
Alvaro : Il y a une autre chose qui me tourmente : que veut dire, en architecture, «trop urbain» ? Nous avons souvent comme critique que nos projets sont trop urbains.

Qu’est-ce qui vous exaspère en architecture ?
Alvaro : Les «pas assez urbains».
Calixe : Les «régir» (projets en régie).
Lya : Les architectes qui savent tout.
Laurent : L’inconséquence des architectes.

Le bâtiment le plus grotesque de Lausanne ?ridicule LAUSANNE noir
Lya : Le projet avec les colonnes, avenue de la Harpe. Le learning center est un peu grotesque aussi.
Laurent : Le président de l’Ecole Polytechnique de Lausanne parle du learning center comme du «new brand» de l’EPFL. Il utilise l’architecture pour faire le marketing de son école, ce qui a effectivement un côté extrêmement grotesque. C’est l’exploitation de l’architecture pour l’image.
Alvaro : Ce qui est encore plus grotesque, c’est que parmi les douze équipes invitées pour faire ce concours, il n’y avait aucun diplômé de l’EPFL, à part la fille d’un des architectes.
Laurent : Pour la petite histoire, nous avons monté un dossier avec plusieurs bureaux lausannois, tous jeunes architectes, tous sortis de l’EPFL. Evidemment, notre dossier n’a pas été pris.

Votre musique du moment ?playlist LAUSANNE noir
Laurent : Tralalaitou, c’est de la youtse suisse.
Alvaro : Pour faire comme certains bureaux : Jimmy Hendrix.
Lya : Sinon dans le bureau c’est quand même fréquemment Joe Dassin et compagnie.

Que diriez-vous aux jeunes architectes ? Ou aux vieux?
Alvaro : Avant qu’ils fassent leurs études, je leurs dirais «vous êtes sûrs de vouloir faire de l’architecture ?».
Laurent : Moi j’aurais tendance à dire «engagez-vous». N’oubliez pas que vous vous êtes engagés dans une discipline et pas que dans un métier. Vous n’êtes pas censés gagner votre vie, vous allez d’abord œuvrer pour améliorer l’environnement construit. Et si vous êtes caissière ou caissier vous pouvez encore œuvrer pour l’environnement construit en vous engageant dans des partis politiques, dans des associations, etc.
Lya : Aux vieux architectes, mais pas Tribu, d’arrêter de croire que les jeunes architectes travaillent gratuitement, et toutes les nuits.
Laurent : Nous sommes très énervés de la concurrence déloyale sur le marché de l’architecture qui est faite par les stars -ou les petites stars- qui se permettent d’engager à 500€ par mois. Si jamais, chez tribu c’est pas comme ça que ça marche !
Alvaro : Nous avons même reçu récemment la candidature d’un jeune architecte. Lorsque nous lui avons répondu que nous ne prenions pas d’architecte, il nous a proposé de le prendre comme stagiaire. Il faudrait que les jeunes architectes arrêtent de se sous-évaluer, même si nous pouvons comprendre que quand on cherche du travail ce n’est pas facile.

L’architecte qui vous accompagne ?
Laurent : Marius Vionnet, mon maître de stage en fin de première année. Il avait un tout petit bureau, mais un véritable engagement politique puisqu’il était assez d’extrême gauche et radical dans ses positions. Il est décédé, mais il m’accompagne toujours. Il a écrit quelques articles, et il disait «les hommes en ville, les vaches à la campagne». C’est extraordinaire.
Lya : Moi, Tribu.
Alvaro : Je n’en ai pas.
Caroline : Mon directeur de mémoire, Pierre Bernard, qui est un urbaniste architecte-conseil.

Préférez-vous parler ou dessiner ?
Presque tous : Parler.
Alvaro & Adrian : Dessiner.
Alvaro : Je ne sais pas parler donc je préfère dessiner.
Adrian : Je dirais dessiner. Je ne suis pas vieux, mais je fais partie d’une génération où on dessinait beaucoup à la main. Aujourd’hui les jeunes architectes arrivent, travaillent avec l’ordinateur énormément, peut-être trop.
Lya : J’allais dire dessiner mais avec l’ordinateur.
Laurent : Pour tribu, parler c’est ce qui est en amont du dessin. Si on ne parle pas avant pour se dire qu’on va pas faire une villa, on finit par la dessiner !

Ce que vous retenez de vos années d’études ?
Laurent : Les années de stage. J’ai fait un stage en Mauritanie, en 95, où il fallait faire le plan directeur du village.
Alvaro : Il y a quelques cours qui étaient pas mal notamment celui d’un professeur belge, Christian Gillot.
Laurent : Il y avait un autre professeur italien, Mauro Galantino que j’ai eu en quatrième année. Il nous a ouvert les yeux sur l’architecture et prenait beaucoup de plaisir à nous parler des architectes qu’il aimait ou non. Il y a aussi Martin Dominguez, que j’ai eu en deuxième année, pour nous ça a été un peu la révélation.
Alvaro : Sinon un autre professeur de première année qui est aussi décédé, Frédéric Aubry, nous a aussi montré pendant six mois de notre première année d’étude, ce qu’était l’architecture vernaculaire. Au début, nous trouvions que c’était un peu ennuyeux, puis on s’est rendu compte que c’était très bien de commencer par l’architecture où il n’y a pas d’architecte.
Lya : Pour ma part je ne me suis pas arrêtée à ce que l’on nous apprenait à l’école.  Je retiens mes voyages et mes lectures, parce que sinon je n’aurais pas su grand-chose à la fin des études. D’ailleurs j’ai fait un peu la même chose que vous: un tour des Etats-Unis en rencontrant des architectes pendant 3 mois avec Oscar Gential. Nous avons fait un blog: www.g-l-o-b.fr
Adrian : J’ai une formation un peu différente. Je ne suis pas architecte mais directeur de travaux. Je retiens surtout l’investissement mis sur une période de trois ans pour ces études.
Caroline : J’ai fait des études d’ingénieur en architecture. J’ai appris à apprendre, à emmagasiner beaucoup de matière et à la ressortir quand j’en ai besoin. Et aujourd’hui je vois que j’ai certaines facilités à acquérir des manières de faire.
Pauline : Un peu la même chose, avoir les outils pour pouvoir continuer à apprendre par la suite.

Qu’est-ce que vous allez faire aujourd’hui ?
Alvaro : Ce soir on va faire de la raquette aux Pléïades dans la nuit.

Pour vous, c’est quoi la suite ?
Laurent : C’est gagner des concours où on nous dira enfin : «là vous avez été parfaitement urbains, vous avez été urbains exactement comme on voulait, d’ailleurs on s’est vraiment rendus compte que la villa c’était de la merde. On va revenir habiter en ville, on va construire des transports publics efficaces. Merci tribu, enfin vous nous avez ouvert les yeux, c’est extraordinaire».

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