PARIS I FR I Philippe Glade

Philippe Glade, photographe pour le festival Burning Man

16 Janvier 2013 – 15h
Paris

Entre Paris et San Francisco

 


Introduction

Je m’appelle Philippe Glad et je viens de Boulogne-sur-Mer. J’ai une maîtrise de droit privé (Lille 3), DESS de techniques de la communication des études juridiques (Paris 2). Bien sûr, on peut penser que ces études ne m’ont pas servi puisqu’aujourd’hui je suis photographe. Cependant, je retire de ces années d’études mon sens de la structure, de l’organisation et j’en ai conservé quelques bases, donc sur certains sujets je n’ai pas l’air totalement idiot.
Je faisais un peu d’assistanat photographique à Lille. Lorsque je me suis retrouvé seul à San Francisco à devoir apprendre l’anglais, j’ai compris rapidement qu’un appareil photo pouvait m’ouvrir d’autres dimensions. Je me suis intéressé à l’histoire de la photographie et j’ai découvert une histoire de la photographie américaine diverse, riche et essentielle. L’histoire de ceux qui avaient fait la photographie telle qu’elle est maintenant. Et puis ma carrière est venue un peu par hasard, j’ai envoyé un portfolio de fleurs qui a séduit le Sunset Magazine, l’un des plus grands magazines de lifestyle de Californie qui existe depuis 1870. Je pensais qu’ils avaient tout vu, tout fait et pourtant l’éditeur en chef m’a rappelé.
Lors de mes premières années à San Francisco, je suis tombé sur une photographie avec la statue d’un homme en bois enflammé. J’ai mis plusieurs années avant de découvrir à quoi correspondait cette image qui m’avait tant passionné. En 1996, j’allai enfin pour la première fois au festival de Burning Man. Quelques jours avant l’évènement, j’ai préparé des packs d’eau, des chips, la petite tente de l’un de mes amis et j’ai loué une voiture. J’avais traversé de multiples fois le désert du Sarah dans les années 90. Cela devait être un jeu d’enfant. Douze heures après mon arrivée, j’étais recroquevillé de douleur dans ma voiture avec un violent mal de tête et mes yeux me brûlaient. Les violentes tempêtes de ce sable extrêmement corrosif m’ont contraint à rentrer bien plus tôt que prévu. Peu importe, j’avais eu les 96 heures les plus excitantes de ma vie. J’étais épuisé mais j’étais fier d’avoir vécu cette expérience qui allait bientôt devenir un phénomène. Je n’ai jamais loupé un festival de Burning Man depuis cette année là.

Questions

Quel bâtiment auriez-vous voulu avoir dessiné ?
L’ Icosa Village de Sanford Ponder. Ce sont des refuges en carton recyclé, très rapides a construire, créés pour une bonne cause humanitaire. Pour moi c’est certainement celui que j’aurais aimé construire surtout que le design est digne de Star Wars.

Le projet dont vous êtes le plus fier ?
Mon camp! A  Burning Man, ce qui rend la communauté très forte, c’est qu’il y a l’effort physique intense du début, la construction du camp. C’est la course contre le soleil! Maintenant comme je le fais tout seul, c’est devenu une routine où tout doit être fait dans un ordre bien précis. C’est un projet que j’ai bâti seul et fait évoluer sur plusieurs années.  Je dors à la belle étoile, je me lève a 5h30, le temps de fumer une cigarette et de boire mon energy drink, et c’est parti. Je commence à 7h mes coups de marteau. J’ai 25 poteaux à planter en 4 coups de marteau chacun. Il faut que vers 10h j’aie un début d’abri pour pouvoir me reposer un quart d’heure. A midi c’est terminé, j’ai fini ma maison. Mon camp c’est la chose dont je suis le plus fier!

Le détail fort de l’un de vos projets ?
Je dirais le DuctTape* . Pas de DuctTape, pas de Burning Man ! J’ai même vu des voitures faites en DuctTape !
*Le DuctTape est un ruban adhésif imperméable, souple et  inextensible

Quel projet architectural ne feriez-vous jamais ?
Le ThunderDome. Dans ce dôme géant, deux adversaires suspendus à un élastique s’affrontent sous les  acclamations des spectateurs accrochés sur toute la structure. Le « Thunderdome » est une référence au film de science-fiction australo-américain de George Miller: Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre (Mad Max: Beyond Thunderdome) avec Mel Gibson et Tina Turner.

Quelle serait pour vous la cité idéale ?
Black Rock City.

Préférez-vous parler ou dessiner ?
Oh là-bas plutôt  photographier.

La question qui vous tourmente ?
Pourquoi?

Qu’est-ce qui vous exaspère en architecture ?
Les personnes qui utilisent du bois et qui scient ce bois sur la Playa.* Ils mettent des copeaux partout, qui s’envolent dans le vent et qui viennent polluer le terrain.
*Burning Man se tient sur une zone très lisse de désert de plus de 1.000 km carrés formé par le lit d’un ancien lac appellé la playa, laquelle, quoique inhabitée par des êtres humains, n’en est pas moins située dans une zone qui sert d’habitat à de nombreuses espèces animales, végétales et d’insectes. Les défenseurs de Burning Man font valoir que les participants sont encouragés à ne laisser aucune trace de leur passage (Leave No Trace, abréviation LNT) à Black Rock City et de ne pas contaminer l’endroit. Le feu est une composante fondamentale du festival. Beaucoup d’objets exposés ou d’objets  qui servent aux prestations sont brûlés sur des plates-formes prévues à cet effet sur place . Il fut un temps où il était permis de brûler à même le sol de la playa, mais cette pratique étant susceptible d’occasionner des cicatrices de brûlage, il y a été mis un terme. Le Bureau of Land Management, qui est chargé de l’entretien du désert, soumet le festival à des exigences très strictes. Celles-ci comprennent le nettoyage des détritus, l’élimination des cicatrices de brûlage, la réduction des poussières et le ramassage des liquides (huile, carburant) qui se seraient écoulés des véhicules. L’équipe de remise en état de la playa (Playa Restoration Crew) du Département des Travaux publics de Black Rock City s’attarde dans le désert pendant encore quatre semaines après la fin du festival pour nettoyer les lieux après le démantèlement de la ville temporaire, en ayant soin de ne laisser subsister aucun indice de l’événement.


Le bâtiment le plus grotesque de Black Rock City ?
Les regroupements de camping-cars. Certaines personnes avec de gros moyens financiers viennent en camping car à Burning Man. Ils peuvent se permettre d’avoir toute cette organisation et forment le “cercle de Camping Car”. Là il n’y a pas de participation, c’est un cloisonnement.

Votre musique du moment ?
La soundtrack de Tron Legacy pour le travail à l’extérieur, Music for Elevators de Brian Eno, qui est pour moi la musique de Black Rock City, avec aussi l’opus Chillout de The KLF.Playlist SF

Que diriez-vous aux jeunes architectes ?
Recycle and divert.

L’architecte qui vous accompagne ?
Mon père.

Que vous souvenez vous de vos années d’études ?
Une petite amie que j’ai perdu depuis! C’est ce souvenir que j’ai de mes années d’étudiant…

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