Lespossibilistes

Sans titre - 3

Hélène POULON & Sophie VIALETTES
Architecte-designer et Architecte-urbaniste
Les Possibilistes
Le 16 février 2016 | 18h – 22h
14 rue Saint-Vincent-de-Paul 33800 Bordeaux

 

1) Bonjour, pouvez-vous vous présenter en commençant par votre nom et votre prénom ?

H : Hélène Poulon, architecte et designer. J’ai fait des études d’architecture pendant 5 ans, je savais que je ne voulais pas construire.  J’ai quand même travaillé dans des bureaux d’études en architecture et urbanisme. Puis, j’ai fait une spécialisation en design pour l’architecture à l’Ecole d’Architecture de Grenoble. A partir de là, j’ai changé du tout au tout et je me suis formée à l’agriculture urbaine à Montréal. C’est là-bas que tout a basculé… à partir de ce moment, mon parcours n’est plus du tout linéaire.

S : Sophie Vialettes, architecte-urbaniste. Architecte de formation à l’Ecole d’Architecture de Saint-Etienne, même promotion, même cursus. J’ai fait une année de paysagisme à Montréal pour m’échapper de l’école, puis j’ai fait une formation en alternance à l’Institut d’Urbanisme de Grenoble où j’ai rencontré Marie-Christine Couic, sociologue-urbaniste au sein du collectif BazarUrbain. J’ai passé 3 ans à Grenoble à travailler avec eux  entre Vichy, Valenciennes, Epinal, Boucau, etc.
Ils partent du principe que les usagers sont les experts des lieux, ils intègrent donc la notion de « maîtrise d’usage » dans les projets. J’ai grandi avec ça, ça a été très formateur et puis au bout d’un moment j’ai trouvé que ce n’était pas tout à fait assez dans l’action donc j’ai quitté BazarUrbain et Grenoble. Je suis venue à Bordeaux et j’y ai fait une série d’entretiens pour rencontrer les acteurs de l’urbanisme bordelais.

Puis Hélène m’a parlé de la Journée de l’Agriculture Urbaine qu’elle organisait avec le RES’AU* et m’a proposé de faire un workshop ensemble. Notre duo a très bien fonctionné et nous nous sommes laissées 3 mois pour réfléchir à notre projet d’agence. L’agence « Les Possibilistes* » est née en octobre 2015.

*RES’AU – plateforme d’information sur l’agriculture urbaine – reseauagricultureurbaine.net
*http://lespossibilistes.fr/

 

2) Parlez-nous du projet dont vous êtes le plus fières ?

H : Au delà de l’agence, le projet qui est selon moi le plus abouti c’est le RES’AU d’agriculture urbaine qui est en train de se mettre en route, qui est toujours en transformation, en évolution.

S : C’est surtout que c’est un projet que tu as porté toute seule à bout de bras, envers et contre tous…

Pouvez-vous nous en parler ?

H : Je suis arrivée sur Bordeaux en me disant que je voulais changer de ville parce que Grenoble c’est bien mais je me sentais un peu contrainte. J’ai cherché en me demandant quelle ville était propice à un projet d’agriculture urbaine puisque c’est ce qui m’animait à ce moment là. J’ai étudié plusieurs villes en France et je me suis rendue compte qu’à Bordeaux il y avait un certain nombre d’associations qui avaient développé des projets de jardins partagés, et que le territoire était propice à ce genre de pratiques, notamment dans la vallée des Jalles.
Je suis donc arrivée avec ce projet en tête, en me disant  qu’il y avait énormément d’avis sur cette question mais qu’il n’y avait aucun moyen de s’informer sur ces nouvelles pratiques urbaines. Alors je me suis renseignée, j’ai récolté beaucoup de données et je les ai « offertes » d’une certaine façon, via un site internet, à toute personne souhaitant s’investir dans ce champ. Pour le moment, c’est une plateforme d’informations à l’échelle de la métropole bordelaise.

 

3a) Quel était votre état d’esprit pendant le projet et quelles valeurs défendiez-vous ?

S : L’idée est que tout le monde puisse accéder à une nourriture saine, locale, de proximité. La ville n’est pas seulement un lieu ou l’on habite et travaille, elle peut devenir un lieu de production…

H : … et d’expérimentations.

S : Ce sont des thèmes qui se retrouvent dans certains des projets que nous faisons à l’agence. C’est aussi une volonté de partager des savoirs.

H : Et il y a un autre projet qui nous réunit toutes les deux et qui est plus collectif, c’est le lieu où nous avons décidé de mettre nos bureaux. Nous sommes venues dans ce bar éphémère qui est géré par l’association Ô_Plafond. Nous aimons impliquer les usagers dans le projet urbain et ne pas être totalement stériles derrière nos bureaux. Nous voulions une pratique au quotidien qui nous permette d’être au contact des gens de la rue.

S : Le pari que nous faisons ici c’est de travailler « hors les murs » et d’inscrire notre pratique dans la ville. Un environnement de travail différent qui influence forcément notre façon de travailler. On échange avec des gens différents de ceux avec qui on a l’habitude de travailler dans les hautes sphères de la planification territoriale.
Moi j’ai plutôt tendance à rentrer très bien dans les cases et Hélène essaye d’en sortir à tout prix, ou ne réussit pas toujours à y rentrer (rires)… Nous avons fait un gros travail pour mettre à plat ce que chacune visait dans l’exercice de son métier.

H : Finalement on porte énormément d’attention à l’humain quelle que soit la démarche. Toujours se mettre à la place de l’autre…

S : Il y a plein de choses qui se recoupent, soit sur des connaissances, soit sur des thématiques qui reviennent et qu’on touche systématiquement du doigt dans nos métiers d’urbaniste, de designer et d’architecte. Notre première mission est sur le mal-logement et l’habitat indigne. Il faut savoir que la maison qui abrite notre agence était de l’habitat indigne. On découvre que notre parcours n’est jamais linéaire, c’est une boucle qui se tisse au fil des rencontres.

 

4) Qu’est ce qui vous exaspère le plus dans votre métier ?

S : Il y a beaucoup de choses ! (Rires) Les appels d’offres pipés, ca m’énerve beaucoup en ce moment. Globalement le choix sans choix.

H : Ce qui m’énerve le plus c’est plutôt des attitudes et des comportements. A la limite le système est comme il est, ça va changer mais c’est quand même plus important d’avoir un regard ouvert et optimiste.

S : C’est vrai qu’il y a une espèce d’individualisme et de pessimisme très fort. Les gens croient que ça ne sert à rien de s’impliquer parce que ce n’est pas eux qui décident.  Les collectivités se désengagent parce qu’elles n’ont plus d’argent…

 

5) Pouvez-vous nous décrire votre cité idéale (réelle ou imaginaire) ?

H : Votre question me permet de rebondir sur notre nouveau projet.  On a lancé un projet de cartes postales. On va les distribuer dans différentes associations du quartier et l’objectif est que chacun puisse s’exprimer sur sa rue idéale. Je suis « hyper-utopiste » et très optimiste mais pour moi il n’y a pas de ville idéale. Ca serait plutôt un fonctionnement et un thème qui permettraient à tous de pouvoir agir. . .

S : Ma ville idéale, je crois que ça serait une ville que l’on pourrait sans cesse se remettre en question, où les différences existeraient, se heurteraient et seraient vues comme des éléments positifs. Plus de barrières, tous les espaces se chevaucheraient et le rythme de la ville et de la vie serait ralenti.

 

6) Puisque chez Architect I Met, on adore les dessins, pouvez-vous nous faire un dessin ?

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7) Vivez-vous à Bordeaux ?

S & H : Oui

 

7a) En tant qu’architecte, architecte urbaniste, usagers et habitantes, quel regard portez-vous sur la ville de Bordeaux ?

H : Je trouve que c’est une ville agréable à vivre. Un peu trop minérale à mon goût mais globalement avec des espaces publics assez intéressants. Elle se transforme et on voit son potentiel. Il peut se passer énormément de choses. Mais peut-être que ça manque un peu de liberté.

S : C’est une ville très, voire même trop, propre. Une ville qui est extrêmement agréable à vivre et belle. Il y a de beaux ciels, moi j’adore les ciels. Parfois elle est un peu trop dans la représentation pour certains quartiers.

Représentation, c’est à dire ?

S : Dans l’image de la ville, plus que dans la vie de la ville.

 

7b) Votre quartier bordelais préféré ? Pourquoi ?

H : J’aime bien la rive droite, Bastide.

S : Pareil.

H : C’est un territoire qui fait partie de Bordeaux mais qui est encore un peu méconnu. La mairie de Bordeaux se laisse une vraie carte blanche sur le devenir de cette rive droite.

S : J’aime l’équilibre entre le bâti et non bâti de ce côté là, ça donne la sensation de plus de porosité entre les espaces bâtis et non bâtis. Il y a quelque chose de plus libre, de moins maitrisé.

 

7c) Votre rue bordelaise préférée ? Pourquoi ?

H : J’hésite entre la rue Saint-Vincent-de-Paul parce qu’on y est de plus en plus et qu’il y a des choses à faire. Et la petite rue qui prolonge le cours de la Marne, la petite section à partir de la place jusqu’à la gare.

S : … Oui la section « sex shop » ! C’est le bout du cours de la Marne.

H : Je trouve cette rue assez étonnante. Et il n’y en a plus beaucoup des rues comme ça.

S : Il y a un truc dans les rues à Bacalan. Je les ai pratiquées en allant travailler pendant 1 an là-bas. Je les passais en vélo et je ne sais pas, il n’y a rien qui s’y passe mais c’est bien. Les gens qui sont là sont bien, la rue a sa vocation complétement fonctionnelle de transit. Personne ne demande beaucoup plus à ça et j’aime cette simplicité. C’est juste une rue. L’autre rue que j’aime, mais est-ce que c’est une rue ( ?) c’est le pont Baba, entre Bacalan et Bastide. En fait, avant qu’il soit nommé pont Chaban Delmas, tous les bordelais disaient que c’est le pont qui va de Bacalan à Bastide d’où le nom : pont Baba. Et en plus c’est le nom d’un gâteau alors moi j’adore ! (Rires).

 

7d) Votre lieu bordelais préféré (bar, resto, musée..) ? Pourquoi ?

S : A l’automne, été indien sur les boulevards, il y a un ginkgo biloba jaune comme mon pull. Et ça c’est beau.

Plan Ginko Biloba

croqui

Crédit: CM

H : C’est vrai, il est assez beau. Moi je dirais les bassins à flots. Avant travaux.

S : Il y a aussi un endroit après avoir passé le miroir d’eau quand tu vas vers le pont de pierre. La lumière entre le ciel et la Garonne, c’est magnifique.

 

8) Quel espace de ville, voudriez-vous réaménager ?

S : Je n’aime pas aménager, j’aime bien ménager. J’aimerais bien ménager la rue Saint-Vincent-de-Paul.

H : C’est dans nos prochains projets.

Peut-on en savoir plus ?

S : Ce sont des petites choses qui vont se disséminer sur le trottoir et on aimerait bien aller jusqu’à la petite placette au bout de notre rue. Nous avons l’accord de la mairie de quartier.

H : Ce sont des petites actions avec Odile Go, Anissa Rachidi et Maxime Buzzi qui sont architectes et travaillent dans les mêmes locaux que nous, avec les habitants, avec la maison relais à côté… ce sont des petites choses pour ne pas attendre 2019.

Avant / Après

9) Et pour conclure, pour vous, en 2016 c’est quoi la suite ? Des projets, des envies ?

H : Waouh 2016 mais ça va être l’année où tout…

S : …est possibiliste ! (rires) On a un contrat avec la fondation Abbé Pierre pour organiser des ateliers sur le mal logement au niveau de la grande région Aquitaine, c’est à l’horizon mai 2016. Après il y a tous les petits projets ici avec le lieu, un autre projet  sur la co-construction des projets urbains…

http://lespossibilistes.fr/

 

 

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