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Sébastien CLERT / Urbaniste OPQU

Patriarche & Co – Architectes + Ingénieurs

Le 21 avril 2016 | 14h – 16h30 rue St Rémi 33000 Bordeaux (St Rémi Brasserie)

L’agence en bref :

L’agence Patriarche & Co, agence familiale fondée en 1960 par Bernard Patriarche et reprise par son fils Jean-Loup en 1985, comprend environ 130 personnes (architectes, ingénieurs, urbanistes, dessinateurs, graphistes…) et se développe à l’international.

Patriarche & Co est avant tout une agence d’architecture attachée à un style sobre et contemporain. La philosophie de son travail se résume dans ces deux devises :

« Form follows function » de Louis Sullivan

et « Less is more » de Mies Van Der Rohe

La fonctionnalité devient la base du projet qui s’enrichit de la poésie et du savoir-faire des architectes de l’agence. Une grande attention est apportée au choix des matériaux et à l’influence de la lumière pour une architecture qui se voit de l’extérieur et se vit de l’intérieur.

1) Bonjour, pouvez-vous vous présenter en commençant par votre nom et votre prénom ?

Je m’appelle Sébastien Clert, urbaniste de formation, qualifié OPQU* et je travaille pour Patriarche & Co. J’ai fait un bac scientifique puis une faculté des sciences (mathématiques, chimie, bio-chimie). J’ai par la suite enchaîné par un diplôme en gestion des espaces naturels.

« Petite anecdote : quand je suis allé voir le doyen de la faculté de Bordeaux pour lui dire que j’arrêtais les maths pour les sciences de l’environnement, il m’a dit : Qu’est-ce que vous avez tous à vouloir partir là dedans, c’est n’importe quoi. »

Un jour j’ai eu un déclic en lisant une revue traitant des aménagements urbains des JO de Grenoble. Etant sportif de haut niveau dans l’Equipe de France d’Aviron, j’étais en pleine préparation des JO de Sydney et j’ai alors pris conscience du rôle de l’urbanisme dans la ville.

J’ai commencé à faire de l’urbanisme dans le bureau d’étude EPODE à Chambéry. J’ai constaté des limites dans ma pratique professionnelle d’urbaniste selon l’approche AEU* alors je me suis formé à l’architecture et l’ingénierie à Haute Qualité Environnementale HQE*. Aujourd’hui, les formations restent nécessaires en urbanisme comme en architecture car nos métiers évoluent sans cesse.

Ma sensibilité fait que je m’intéresse autant au plan d’aménagement qu’au détail de menuiserie. Alors j’ai choisi d’intervenir sur le plus large spectre possible. Ma vision de l’urbanisme est la pluridisciplinarité ; de ce fait je ne suis expert de rien (rires) ; mais je suis capable de comprendre un ingénieur, un thermicien, un avocat et de les mettre en musique au service du projet global. Je vois notre métier d’urbaniste coordonnateur QEB comme le chef d’orchestre, le lien entre toutes ces choses là.

*OPQU – Office Professionnel de Qualification des Urbanistes – opqu.org /*HQE – Haute Qualité Environnementale – http://www.hqegbc.org /*AEU – Approche Environnementale de l’Urbanisme – ademe.fr/expertises/urbanisme-amenagement/passer-a-laction/approche-environnementale-lurbanisme-2 – Equivalent du HQE en architecture

2) Parlez-nous du projet dont vous êtes le plus fier ?

Ce n’est pas évident à dire, dans l’urbanisme les processus sont longs (au minimum 5 ans) il est difficile d’avoir du recul sur les projets auxquels j’ai participé n’ayant que 10 ans d’expérience derrière moi.

Le projet qui me vient à l’esprit est actuellement en livraison. Il se trouve dans la région Annécienne sur un site fabuleux. L’hôpital, propriétaire d’un terrain ayant besoin de fond pour de nouveaux équipements nous a commandé une étude foncière en vu de sa vente. Finalement, cette simple commande s’est transformée en projet d’écoquartier. Le maître d’ouvrage voulant s’impliquer sur le devenir du terrain, nous a demandé un plan d’aménagement. Afin de sensibiliser les élus et les habitants, nous avons organisé une exposition pendant un mois et demi sur « Qu’est-ce qu’un écoquartier ? » (avec des exemples français et européens). En parallèle de celle-ci nous avons travaillé avec la commune, déjà sensible aux questions écologiques.

Ce projet me plait car on a eu une implication totale de tous les acteurs.

« Si le politique ne veut pas, le projet sera mauvais même si intrinsèquement il est bon. Ce n’est pas l’architecte ou l’urbaniste tout seul dans son coin qui fait un bon projet ».

Le point fort de l’agence Patriarche dans un tel projet était d’avoir en interne l’ensemble des compétences techniques (urbanisme, architecture, ingénierie).

Ecoquartier : Argonay 74 – Création d’un quartier d’habitat collinaire selon une approche environnementale de l’urbanisme. CH – patriarche.fr/projet/ecoquartier_1

3) Quel était votre état d’esprit pendant le projet et quelles valeurs défendiez-vous ?

Le bon sens paysan et la qualité environnementale fait partie de l’approche conceptuelle de Patriarche & Co depuis 50 ans, ce n’est pas une mode. Le développement durable d’un projet est la synergie réussie entre la valorisation du génie d’un lieu et le respect des besoins des futurs usagers. Tout projet passe par la connaissance de son climat, de sa mémoire urbaine et sociale, et de son économie. La technique ne doit pas prendre le pas sur les aspects humains et sociaux.

«  Chaque projet ne peut exister uniquement dans l’environnement où il a été pensé. C’est un ensemble de contraintes, d’éléments naturels comme le vent, d’éléments urbains comme un boulevard, une rue. Ce sont eux qui nous donnent les trames du projet. »

Nous c’est « love the context », plutôt que « fuck the context » comme certain architectes où l’image prime.

Pour aller plus loin vous pouvez aller voir le projet Genzyme (siège social, laboratoire et unité de production) situé dans Lyon. Le challenge pour Patriarche & Co était d’obtenir les labels écologiques HQE (français) et LEED (américain) – patriarche.fr/projet/laboratoires-genzyme

4) Qu’est ce qui vous exaspère le plus dans votre métier ?

Ce qui me vient à l’esprit c’est le côté “enfant gâté” de certains décideurs qui veulent s’offrir un objet architectural. Il y a un manque d’analyse et de compréhension de la qualité et de la pérennité d’un bâtiment.

Pour nous, chaque élément de nos images traduit un besoin, une réponse à un contexte. ET rien n’est gratuit.

Trop souvent, dans les gros concours publics type zénith – stade, on va mettre en avant un nom d’un architecte star et non un projet. L’agence reste fidèle à ses valeurs même si parfois ça nous empêche de gagner des concours. La question technique est intégrée dès le début. On garde les pieds sur terre.

5) Pouvez-vous nous décrire votre cité idéale (réelle ou imaginaire) ?

Pour moi la cité idéale me fait penser à la ville médiévale. Sa structure, sa compacité, la mixité des fonctions et des usages est un modèle de ville durable. C’est la ville des courtes distances. Elle a été construite pour durer. Aujourd’hui, malgré toutes les avancées technologiques, nos bâtiments sont dessinés pour une durée de vie de 50 ans voir beaucoup moins.

« Serions-nous aujourd’hui capable de construire la Cathédrale Saint-André de Bordeaux ? Ou même simplement de la dessiner ? »

Je m’interroge aussi sur le fait qu’on ait enlevé le tramway des villes françaises dans les années 50-70 pour aujourd’hui le réintégrer, parfois au même emplacement, en nous présentant cela comme une innovation urbaine.

Evolution de la Place de la Bourse de Bordeaux

1925                                   1995                             2017

6) Vivez-vous à Bordeaux ?

Je n’y vis plus mais j’y ai grandi jusqu’à mes premières années d’université. Après le Québec et la Savoie, aujourd’hui, je vis à Arcachon.

6a) En tant qu’urbaniste et usager, quel regard portez-vous sur la ville de Bordeaux ?

Fin des années 1990, la voiture était reine en centre ville. La place de la Bourse était un grand parking et les seules rues piétonnes étaient la rue de la Porte Dijeaux et la rue Sainte Catherine.

La place de la Bourse fin des années 1990

06

Puis la ville est devenue un chantier à ciel ouvert quand le tram est arrivé. Petit à petit la ville a interdit l’accès aux voitures. Ce qui est une bonne chose pour notre santé et celle des bâtiments du cœur historique.

Bâti noirci par la pollution automobile

J’ai vu une réelle transformation de Bordeaux. Je ne sais pas si je dois comparer les deux modes de déplacement, tout voiture ou piéton car ce sont deux choses différentes. L’enjeu aujourd’hui pour la ville c’est : si on repousse la voiture quelle alternative offrons-nous aux usagers ? Il faut une vraie politique globale.

6b) Votre quartier bordelais préféré ? Pourquoi ?

C’est affectif mais je dirais le Grand Parc – Chartrons. J’ai grandi au Grand Parc. Mes grands-parents vivaient sur les quais des Chartrons à l’époque du trafic portuaire de la morue et autres. J’allais tous les dimanches chez eux. Le quartier était ultra-populaire et ultra-vivant et il représentait la vraie vie bordelaise de l’époque.

6c) Votre rue bordelaise préférée ? Pourquoi ?

Je dirais le cours de Verdun, c’est celui qui longe le jardin public jusqu’à la place Gambetta. C’est le boulevard qui représente bien le Bordeaux de l’époque de Tourny avec des alignements d’arbres, des hôtels particuliers et les grilles du jardin public. Pour moi c’est l’image de Bordeaux, qui fait qu’on la nomme souvent le petit Paris.

6b) Votre lieu bordelais préféré ? (bar, resto, musée) Pourquoi ?

Il y a un lieu mais il n’existe plus. C’est dans le secteur du quai des Paludates qui est en plein changement aujourd’hui avec le projet Euratlantique. Le secteur était constitué de petits faubourgs avec des petites échoppes et il y avait une boite de nuit rue d’armagnac, le 4 sans, en référence au bateau d’aviron, dans laquelle j’allais souvent. Il y avait une ambiance dans ce quartier qui aujourd’hui a disparu.

7) Quel espace de la ville voudriez-vous réaménager ?

Le quartier Mériadeck* n’est aujourd’hui pas assez investi. Si tout va bien, l’agence Patriarche & Co va réhabiliter trois tours de ce quartier dans les 3 prochaines années.

C’est un quartier de « livres » d’architectes et d’urbanistes où on a expérimenté des tas de théories. On a pris plusieurs dizaines hectares dans le centre d’une grosse ville, on a tout rasé pour tout recommencer à zéro. Et ça, ca n’avait jamais été fait. Malheureusement c’était un concept de dalles et on sait maintenant que ça ne fonctionne pas car ça déconnecte les espaces (la rue et la dalle végétalisée). L’absence de rez-de-chaussée fait qu’on traverse juste le quartier, on ne s’y arrête pas.

Aujourd’hui il y a à Mériadeck des actions individuelles de rénovation mais j’aimerais beaucoup y réinstaller la notion de quartier.

© D. Sherwin-White

*Mériadeck – Jacques Clémens – livre.fnac.com/a2854334/Jacques-Clemens-Meriadeck-Bordeaux

8) Et pour conclure, pour vous, en 2016 c’est quoi la suite ? Des projets, des envies ?

On a plusieurs projets, avec des permis de construire déposés.

On va construire le siège social de Cultura qui est historiquement une boite bordelaise. Le terrain se trouve à Mérignac juste à côté de l’aéroport et le chantier démarre au mois de mars 2017.

On a gagné un concours pour le groupe SAFRAN et le chantier commence en avril 2016 et si tout va bien la livraison est prévue pour dans 18 mois. Le site est en limite entre le Haillan et Mérignac.

On travaille aussi pour la société EKLO, qui est un concept hôtelier. On en a construits au Mans et au Havre et on va en construire un autre sur le quartier à Bastide-Niel. Il a fallu travaillais avec Winy Maas de MVRDV qui a imaginé un cahier des charges en volume 3D très précis. On dépose le permis en juillet 2016 donc les travaux seront pour l’année prochaine. Et en lien avec ceci, on a aussi le siège social d’EKLO à construire ici car il s’installe à Bordeaux.

eklo_bastide_niel

http://www.patriarche.fr

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